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Namaran

Commande de la Filature (scène nationale de Mulhouse) et la Haute École des Arts du Rhin

Texte choral sur une ville engloutie


"(...) Il y en a un qui est arrivé une fois et il a osé se planter devant la porte du Palais, devant le videur. Il a dit : j'ai cherché d'où venait ce tremblement dans mes pieds, cette musique que je n'entends pas et qui courre dans mes jambes, les basses, les vibrations m'ont guidé, comme un appel pour un marin perdu.

Le videur : C'est un soir clair et sec, et vous n'avez ni la tête ni la carrure d'un marin, peut-être avez-vous une femme, une femme de marin qui reste à la maison et attend le retour de l'aventurier. Elle sera contente, vous rentrerez tôt ce soir. C'est fermé.

L'homme : J'ai soif. Vous ne pouvez pas me laisser comme ça.

Le videur : Personne ne doit entrer. 

L'homme : Vous devez me donner à boire. On ne peut pas laisser un homme comme ça.

Le videur : Un verre d'eau.

L'homme : Je vous dis que j'ai soif.

Le videur : Quand on a vraiment soif, on veut de l'eau. 

L'homme : Vous pensez alors vous pensez vraiment qu'un homme qui a marché à côté du lac, là où l'air est le plus lourd, surtout la nuit, avec des bruits d'animaux qui fuient à votre approche ; un homme qui a marché avec juste une lumière au coin de l'œil et des basses dans les pieds, vous pensez qu'un homme qui a traversé tout ça, va s'asseoir tranquillement et vous dire merci quand vous lui tendez un verre d'eau tiède ?"